ONTOGENESE et PHYLOGENESE

 

1) LA GENESE OU L’ACCESSION AU DIVIN

2) L’ONTOGENESE OU LA FABRICATION DE L’ETRE

3) L’ETRE ET LA FACON D’ETRE – L’ONTOGENESE DU PSYCHISME

4) CONSCIENCE ET LANGAGE

5) GENESE DE L’ETRE SOCIAL 

6) COMMENT EST-CE POSSIBLE ? ROLE  DE LA STRUCTURE

7) STRUCTURE, GENES, EVOLUTION

8) PHYLOGENESE OU LA GENESE DE L’ESPECE

9) LE MOTEUR DE L’EVOLUTION, LA DICTATURE DU DIEU ADN ET LA NAISSANCE DU DIEU EGO

10) COMMENT L’HOMME DEVIENT HUMAIN

11) LA PHYLOGENESE MODELE DE L’ONTOGENESE – LE PROBLEME MATIERE - ESPRIT

12) CERVEAU ET PENSEE

13) L’EXCEPTION HUMAINE – LE DIEU DE WHITEHEAD

14) PROBLEME ETHIQUE – L’INEVITABLE QUESTION DE LA FINALITE 

15) MANIPULATION GENETIQUE ET CHAOS

16) CELLULES SOUCHES, CLONAGES : ESPOIR ET DERIVES

17) FECONDATION IN VITRO ET SELECTION D’EMBRYONS – LE MYTHE DE L’ETRE PARFAIT

18) HUMAIN PAR DECRET 

19) NOS AMIS LES BETES

20) CONCLUSION

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des 

"Ecrits en français"

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1) LA GENESE OU L’ACCESSION AU DIVIN :  

Il serait tentant de se demander si, dans notre esprit, le processus de « genèse » ne procède pas pour une bonne part de la pensée magique. Un Personnage Divin au milieu d’on ne sait quoi proclamant l’existence de toutes choses, en est sa représentation typique. Notons toutefois que ce processus de genèse, du moins dans les traditions les plus connues, passe toujours par une succession de créations. C’est plutôt paradoxal eu égard à la toute puissance présumée du Créateur. L’esprit humain ne semble pas programmé pour admettre une création simultanée de tout, en un «rien » de temps. Il lui faut un support chronologique sur lequel se déroule le film de la genèse, au moins pour déterminer l’avant et l’après chaque naissance. L’existence objectivée a besoin d’un départ, donc du temps. De fait, le temps, symbolisé par le jour et la nuit, apparaissent, avec la lumière, parmi les premières oeuvres de l’Elohim de la Bible, tout comme l’apparition du dieu Chronos dans la cosmogenèse grecque, juste après Chaos … Ainsi, les « phénomènes » générés se succèdent par catégories sur la scène de notre entendement, d’abord mythique, puis rationnelle, passant du miracle tout court au  «miracle » de la science, de la foi simple sans médiation à une foi ayant transité par la raison, celle-ci n’excluant pas celle-là, car, après tout, la raison a aussi besoin de foi, ne serait-ce la foi en elle-même…

Cette succession de choses, de formes, d’espèces, engendrant successivement les unes les autres n’est pas sans heurter fréquemment nos schémas cognitifs. Le simple fait que la chenille donne naissance au papillon représente pour beaucoup de personnes une magie. Nous sommes plus enclins à concevoir qu’un organisme «évolue » en un autre qui lui ressemble, mais en mieux, plus fini, plus grand, plus performant, et non en un organisme qui lui diffère de façon aussi radicale. Toutefois, nous y croyons, car « c’est scientifique », sans pour autant arriver à ne pas nous émerveiller en s’exclamant aussi que « c’est magique » ! Le passage d’une bactérie primitive aux mammifères supérieurs ou d’un «microbe » qu’est l’œuf fécondé à l’être humain peut susciter la même réaction. C’est magique !

D’autre part, nous ne sommes pas non plus programmés pour admettre une magie qui rate son but, un surnaturel absurde ou un miracle ne s’inscrivant pas dans un projet intelligible. Un dieu qui, étendant sa main sur la tête d’un mort, fait marcher le lave-linge, aurait quelque difficulté à recruter des adeptes. Tout comme cet autre qui, devant des fidèles assoiffés en plein désert, frappe sur une pierre avec son bâton et y fait jaillir des pièces de mah-jong, ou dont la statue, au lieu de saigner ou de pleurer, se met à roter et à péter. Ce type de dieu serait tout simplement absent de l’esprit humain, bien que leurs réalisations soient indiscutablement des actes magiques, surnaturels. La magie du processus de genèse n’échappe pas à cette règle et couve en son sein la notion de sens et de projet. L’humain ne  semble pas enclin à concevoir une genèse sans but, ou pire, qui rate son but, surtout lorsque ce but est connu, qu’il n’est autre que nous-mêmes. L’ontogenèse, la genèse de l’être, et la phylogenèse, genèse des espèces (du grec phulon : race, tribu), sont les deux faces de la genèse de l’Homme, être et espèce, élevé non seulement à l’humanité, mais aussi à la divinité, ce qui est la même chose, car la divinité n’est autre que la sublimation, l’extrapolation, l’aboutissement dialectique, de l’humanité.

 

2) L’ONTOGENESE OU LA FABRICATION DE L’ETRE :

 

S’il existe un exemple typique de la magie ordinaire, c’est bien cette « ontogenèse », la fabrication de l’être (« onto » vient du participe présent du verbe être grec). Il s’en produit probablement des milliards chaque seconde, toutes espèces confondues. Plus on se trouve à un stade précoce de ce processus, plus les similitudes d’une espèce à l’autre sont grandes. Dans l’espèce humaine, après la fécondation, donnant un « zygote » unicellulaire, les premières divisions aboutissent à la formation de cellules appelées blastomères. Au 3è jour, apparaît la morula, amas de 16 blastomères. Il se forme alors une cavité (blastocèle), transformant cette morula en blastocyste. L’œuf ainsi nommé va alors va se fixer sur la paroi utérine. C’est la nidation, au 6è jour. Sa couche cellulaire externe ou trophoblaste donnera le placenta et les annexes. Restent les cellules internes, l’embryoblaste, au sein duquel va se former une deuxième cavité, la cavité amniotique. Entre ces deux cavités, on parle de « disque embryonnaire » avec deux couches de cellules : l’ectoblaste tourné vers la cavité amniotique et l’entoblaste vers le blastocèle devenu lécithocèle primaire. Une troisième couche de cellules, le mésoblaste va faire son apparition à la 3è semaine, par une invagination de la couche ectoblastique aboutissant à une structure en 3 feuillets : l’ectoblaste donnant l’ectoderme, l’entoblaste, l’endoderme, le mésoderme dérivant quant à lui du mésoblate. L’embryon mesure alors 1,5 mm au 21è jour. Entre 4 et 8 semaines, chaque feuillet va donner naissance à des tissus et organes bien définis (endoderme : appareil respiratoire, digestif ; mésoderme : squelette, muscles, appareil circulatoire, reins, organes génitaux ; exoderme : peau, système nerveux). Pendant ce temps, l’embryon se plie sur lui-même prenant une forme grossièrement cylindrique avec des polarités céphalique et caudale. Notons que le cerveau se développe à raison de 250 mille cellules par minute. Au 3è mois, l’être en cours de fabrication prend le nom de fœtus. Sa taille est de l’ordre de 3 cm. Ses organes vitaux sont formés. Il ne lui reste qu’à entamer une phase de maturation et de développement qui va se poursuivre au delà de sa vie utérine, pour certains tissus jusqu’à l’âge adulte. A la fin du 3è mois, il mesure 10 cm, passant à 22,5cm au 5 mois, soit presque la moitié de sa taille à la naissance, attendue vers la 38è semaine de grossesse. Autour de cette supposée heureuse date (qui sera annuellement fêtée), bébé arrive enfin, doté entre autres merveilles, de la quasi-totalité de ses neurones, fins prêts pour découvrir le Monde.

 

3) L’ETRE ET LA FACON D’ETRE – L’ONTOGENESE DU PSYCHISME :

 

            Est-ce pour autant, qu’à ce stade, avec ses soixante mille milliards de cellules, qu’un être humain est fabriqué ?  Bien sûr que non. Il y a l’être, mais pas tout à fait la façon d’être. Il ne suffit pas d’avoir des oreilles pointues pour être lapin ou une fourrure rayée pour être tigre. Toutefois, on peut raisonnablement postuler qu’être lapin ou être tigre comporte une part « innée » bien plus importante qu’être humain. Le nouveau-né humain naît vraisemblablement avec des éléments structuraux bien définis mais possédant néanmoins une grande plasticité en vue de l’acquisition ultérieure d’éléments d’adaptation aux milieux environnants, naturel, mais aussi psychologique et social, milieux qui, dans son cas, sont largement plus variés que ceux de ses collègues tigre et lapin. En réalité, l’ontogenèse du psychisme humain a déjà commencé pendant la vie intra utérine. Les neurones embryonnaires se développent très précocement et au début du 2è mois son cerveau est en place avec un cortex différencié. Sa peau est sensible dès la 14è semaine et l’audition fonctionne dès 26 semaines. L’acquisition d’informations sensorielles commence donc très tôt alimentant des couches plus ou moins profondes du psychisme. Avec la  naissance, vont affluer des quantités énormes de stimuli dans un réceptacle neuro-psychique de plus en plus organisé et performant. Vers l’âge de 3 mois, le contrôle du mouvement des membres permet au nourrisson de diriger ses acquisitions sensorielles, et non seulement les subir passivement. Conjointement, le sourire « social » (à tous les visages qui se font remarquer – le « cou cou » rituel !) laisse place au sourire sélectif à certains « cou cou » triés sur le volet. Vers un an, la possibilité de se déplacer augmente cette autonomie dans l’exploration de l’environnement avec confrontation à des situations inattendues, radicalement nouvelles. L’apparition du langage est, quant à lui, communément considérée comme la rupture avec le règne animal. C’est à ce stade (vers l’âge de 15 mois) que stagne le bébé singe alors que le petit humain « décolle ». Il est aussi classique de décrire la formation de la conscience en rapport avec le langage. Rappelons brièvement cette description :

 

4) CONSCIENCE ET LANGAGE :

 

            Au commencement était, comme chacun sait, le verbe (in pricipio erat verbum !), mais avec un rôle important réservé à l’appel. L’appel est la composante incitative de la parole, capable d’induire un écho intérieur et de mobiliser l’énergie neuro-sensorielle la transformant en énergie psychique. Avec la parole extérieure, cristallisée par l’appel, naît la parole intérieure, répétant puis développant la parole entendue, aboutissant à la pensée. Sous la coupe de cette pensée, des sensations et émotions conscientes pourront être individualisées, donc pensées. A leur tour, elles alimentent et enrichissent le discours intérieur, mobilisant encore plus l’énergie psychique pour engendrer imaginations, intentions, volonté d’action, etc …

 

Pour les amateurs de détails, disons que la parole et l’appel font naître un élément important sous tendant l’ensemble des activités psychiques. Il s’agit de la conscience de soi qui vient se superposer au sentiment de soi révélé par des perceptions sensorielles « banales ». Des informations sensorielles permettent de se sentir « soi » face aux « choses » que l’on perçoit, le « non-soi ». Ce qui renvoie le non-soi au soi est le désir. Le désir est une sensation de vide poussant son sujet à « se remplir » de la chose désirée, à l’assimiler, à la transformer pour qu’elle devienne une part de lui (la caricature en est le désir et l’action de manger). Le soi révélé par le désir n’est autre qu’un vide rempli de choses désirées. Le sentiment de soi, dans le cas d’un « soi » rempli de « choses », est le sentiment d’une chose. Le pouvoir d’abstraction apporté par la parole incite à désirer non seulement une chose concrète, matérielle, mais une réalité transcendant ce cadre, une réalité vide, absence révélée, néant avide, autrement dit : le Désir lui-même. Le soi révélé par ce « désir du désir » n’est plus le sentiment d’une chose, mais dépasse, et le sentiment, et la chose. C’est la conscience (= cum scire : « avec savoir » ce qui implique un ensemble de connaissances et non un simple « sentiment » intuitif) d’un soi abstrait, vide et avide, lancé dans un perpétuel devenir. En effet, désirer le désir pousse à l’action sous une forme particulière. Cette action ne tend pas seulement à satisfaire un besoin d’exister, d’être soi en tant qu’une « chose » statique, encore et encore égale à elle-même (le « vulgaire » instinct de survie), mais aspire à un devenir, une conscience de soi en tant qu’être ce qu’on est pas et ne pas être ce qu’on est. L’enfant acquiert notamment par ce mécanisme (faut croire !), la notion du devoir et du droit, de même que la capacité de dire « non », vers 18 mois. Il désire ce que désire sa mère (entre autres), se dit non à lui-même (notion de devoir), dit non aux autres (notion de droit), tout en tissant par son action destructrice, assimilatrice, exploratrice … de son environnement, la toile de son existence.

 

La conscience de soi implique la reconnaissance des autres en tant qu’êtres conscients d’eux-mêmes. C’est le stade de la conscience de « Toi », le vis à vis,  et d’« Eux », les autres. L’échange s’esquisse. Moi-je donne à Toi, recevant un « cadeau » de Toi en retour, « cadeau » attesté comme équivalent à ce que je t’ai donné par « Eux », les Autres. Notons que les premiers « cadeaux » pourraient être le fait de donner ses matières fécales, le « cadeau en retour » étant représenté par la satisfaction exprimée par la mère,  éventuellement les soins de nettoyage qui s’ensuivent, accompagnés de caresses, voire le biberon qui arrive après. Ces échanges se compliqueront plus tard par l’exigence (le devoir) de « donner » ses matières quand il faut, à l’endroit qu’il faut, etc… suivies de récompenses également plus variées. Avec la trinité Moi, Toi, les Autres, concrétisée par des échanges de plus en plus élaborées, la conscience du Moi social est née.

 

5) GENESE DE L’ETRE SOCIAL :

 

            L’homme ne vit pas que de nourriture mais aussi de relations sociales. C’est particulièrement vrai du petit enfant qui ne peut pas survivre sans les adultes. La sociabilité semble donc liée à un « instinct de survie ». Cette sociabilité se manifeste de façon très précoce, avec entre autres, le sourire « social », ainsi que le comportement d’imitation. Ils font partie de l’ensemble des comportements de survie procédant du désir d’existence, lui même relevant du sentiment de soi que nous avons évoqué. Cependant, nous savons aussi que l’humain est condamné à aller plus loin, par le désir du désir. Or, on peut considérer que le désir du désir, dans un contexte social, est médiatisé par la notion de Valeur. L’humain désire une chose non pas par elle-même, mais par le désir qu’elle suscite aux autres. L’enfant abandonne un jouet au profit d’un autre parce que son copain veut cet autre jouet. Ce choix est seulement dicté par la valeur que ce jouet représente pour les autres. Il peut s’intéresser à des objets adultes ne présentant aucun intérêt concret pour lui, simplement par le fait que « c’est important » pour ses parents, parce qu’on lui a dit : « il ne faut pas que tu touches » … Plus tard, arrivé lui-même à l’âge adulte, d’autres futilités occuperont son existence : titres, médailles, distinctions, honoricules et glorioles diverses, toutes sans valeur concrète mais désirées par « les Autres ». C’est aussi le Désir de Reconnaissance : je me substitue à la valeur désirée par les autres, je désire que ma propre valeur, ce que je prétends être, soit désirée par les autres, soit « reconnue » en tant que telle. Le Désir humain est le Désir de Reconnaissance.

 

Placé dans une société, le désir de reconnaissance d’un être se trouve confronté au même désir des autres. D’où affrontement de désirs. La notion de lutte est née, en même temps que sa négation : la fuite, le renoncement, l’abandon de son désir pour satisfaire le désir de l’autre. L’enfant apprend la hiérarchie des désirs, des valeurs. Avec l’apprentissage du « Non », il doit prendre conscience du dilemme : je dis Non ou je ne le dis pas. Il portera ce comportement social dans toute son existence à travers les sociétés dans lesquelles il va évoluer, avec en premier lieu la « société » familiale.

 

La société familiale va lui imprimer des rapports plutôt de type égalitaire. Typiquement, on y « produit » selon ses capacités et on y « consomme » selon ses besoins. La « hiérarchie » y est une affaire de partage de tâches liée à la capacité physique et intellectuelle, non à une inégalité de droit, et les notions « d’exploitation », d’oppression », n’existent pas. L’enfant « fait ce qu’il peut », propreté, acquisitions diverses, et reçoit ce dont il a besoin. Les termes des échanges sont en général admis par les parties : tu fais ceci et tu as cela. Il a le droit de manger son gâteau mais aussi le devoir d’en manger proprement … Au « Non » extérieur qu’on lui dit, répond de façon à peu près naturellement le « Non » intérieur qu’il se dit lui-même. Les droits et devoirs sont à peu près équilibrés. Ce qu’il « A » correspond en gros à ce qu’il « EST ». Notons que la notion de « propriété » n’est reconnue que vers l’âge de 4 ans.

 

Ces « rapports sociaux » se compliquent un peu lorsqu’il va à la rencontre de la « grande société »,  notamment au moment de la scolarité. Ce qu’il « A » va être confronté à ce qu’ont ses collègues enfants.  L’AVOIR va devenir une valeur autonome, dissociée de l’ETRE. La « game boy » et les belles chaussures que possède un camarade de classe, malgré qu’il mange salement à la cantine, dit des gros mots, fait mal ses devoirs, soit « complètement nul », stupide, méchant, crasseux etc …   ne sont manifestement pas liées aux mérites de celui-ci, à sa façon d’ETRE. On peut aussi citer l’exemple contraire de camarades peu fortunés. L’enfant apprendra que AVOIR est une affaire de situation sociale. Certains y voient le germe de la conscience de classe qui sera plus tard enrichie au contact des « rapports de production ». Le désir de reconnaissance se transforme alors en désir de domination, ou de lutte (quand on est dominé), et  son renoncement, en attitude de soumission. En tout cas, la focalisation sur l’AVOIR n’est pas sans induire un déséquilibre avec l’ETRE, poussant le Désir dans une crispation sur l’AVOIR, dans la course à la reconnaissance en tant que « être qui a ». Cette tendance est très marquée chez l’enfant d’âge scolaire, au détriment de l’être tout court, désiré et reconnu pour lui-même, pour sa « valeur intrinsèque », comme c’est la règle dans le milieu familial (l’affection d’une mère par exemple n’est pas déterminée par ce qu’a l’enfant, mais par ce qu’il est, c’est à dire son enfant).

 

6) COMMENT EST-CE POSSIBLE ? ROLE  DE LA STRUCTURE :

 

            Le fait que l’humain ainsi formé arrive à évoluer relativement bien dans la complexité de la nature et des sociétés humaines peut être ressenti comme « miraculeux ». Quand nous voyons arriver ce nourrisson si gauche, si ignorant, si fragile, si dépendant, et l’éducation plutôt approximative et grossière que nous lui offrons, nous pouvons logiquement s’inquiéter pour son avenir, si nous n’étions pas nous-mêmes passés par le même chemin ! La quantité d’acquisitions motrices cognitives et conceptuelles d’un être humain, du nourrisson à l’âge adulte, semble tout à fait incroyable. Toutefois, il semblerait qu’il apprend moins de choses qu’on ne le pense et qu’une majorité des informations à acquérir soit déjà latente chez lui, sous forme de programmes inscrits dans sa structure. L’enfant possède en effet un ensemble « d’idées pré conçues » qui lui permettent à partir d’un nombre limité d’informations de déduire intuitivement les innombrables aspects de son environnement aussi bien naturel que social ainsi que des comportements adéquats pour y vivre.

            Prenons un exemple. On demande à un enfant à partir de 3 ans, ce qu’il y a à l’intérieur d’un éléphant. Il donne une description plus ou moins pertinente. Peu importe. On lui demande ce qu’il y a dans le ventre d’un autre éléphant, puis d’un autre encore, la réponse est : la même chose. Nous ne doutons pas que cet enfant n’ait jamais disséqué un éléphant, encore moins 10, 20 ou 100 éléphants pour vérifier que ce qui se trouve dans leur ventre soit bien la même chose afin d’établir une « loi » fiable. Cette « loi » semble être déjà présente, intuitivement, dans la structure de son psychisme, comme un parti pris, évitant à l’enfant de remplir des tonnes de demandes de crédits gouvernementaux  afin de financer la dissection d’un nombre « statistiquement significative » d’éléphants …

            La sensibilité accrue du jeune nourrissons aux différences entre les visages humains par rapport aux différences entre les faciès d’animaux et entre les objets inertes est aussi un exemple remarquable, tout comme sa sensibilité particulière aux sons purs par rapport aux simples bruits. Ces facultés inscrites dans sa structure lui permettent une relation privilégiée et spécifique avec les humains de son entourage, de qui sa vie dépend, rappelons le, ainsi que l’apprentissage du langage (faits de sons purs et non de bruits) et, accessoirement, de s’intéresser … à la musique (sons purs là aussi, du moins idéalement).

            La continuité des objets est aussi un programme cognitif précoce, testable dès l’âge de 6 mois. On présente à un bébé un objet, on le cache par un écran, on change l’objet, on le lui remontre. Surprise, mesurable par des critères objectifs. On peut aussi montrer deux objets puis en faire disparaître un, avec le même effet. L’enfant construit également de façon très précoce des « catégories » qui lui permettent de différencier les choses qui bougent tout seul (ce sera plus tard la catégorie des êtres vivants), et des choses qui bougent sous l’effet d’autres choses (et qui deviendra la catégorie des objets inanimés). Pour chaque catégorie, l’enfant aura  des attentes spécifiques : dans le premier cas il sera attentif au but de l’objet (où il va, qu’est ce qu’il cherche …) et dans le second à son « moteur » (qu’est ce qui l’a fait bouger ?). D’autre part, les progrès des neuro-sciences, en particulier dans l’imagerie cérébrale, permet de cerner l’activation d’aires spécifiques du cerveau lorsqu’une catégorie informationnelle ou une autre est en jeu. Ainsi, la présentation d’un objet inconnu active une zone du cortex pré-moteur, alors que cet effet n’est pas significatif si c’est un animal qui est montré. Cette constatation semble cohérente avec le caractère particulièrement doué de l’espèce humaine pour la manipulation et la fabrication d’objets et d’instruments, le cortex pré-moteur étant lié à ces fonctions.

            D’autre part, la mise en relation entre les informations tactiles et visuelles a été longtemps considérée comme le résultat d’apprentissages perceptifs. Cette théorie est démentie par les expériences de Streri et Gentaz (CNRS-laboratoire cognition et développement-Paris V), selon lesquelles un objet tenu dans la main droite va être reconnu visuellement par un nourrisson dans un second temps, ceci dès le 3è jour de vie. Ce résultat semble exclure un processus d’apprentissage progressif, mais oriente vers une capacité innée, découlant d’une structure susceptible d’intégrer en même temps des informations tactiles et visuelles.

Par ailleurs, nous connaissons tous la « néophobie alimentaire » entre l’âge de 3-4 ans à environ 9 ans, où l’enfant refuse les aliments nouveaux, alors qu’en dehors de cette période il accepte volontiers les aliments proposés par des visages familiers. Il commence donc sa vie par manger ce qu’on lui donne, car, après tout, il ne peut pas faire autrement. Puis, à l’âge où son autonomie est plus grande par l’acquisition de la marche, il se ferme aux aliments non connus, ce qui le protège de l’ingestion de produits dangereux, avant que, de nouveau, il se permette de goûter de nouvelles saveurs qu’il aurait choisies grâce à ses capacités de jugement qui ont évolué entre temps. Ce n’est certainement pas lui-même qui ferait ce raisonnement utilitaire précis, mais un programme inscrit dans la structure de son inconscient.

En pratique, on compare souvent une structure avec une langue. Un individu parlant une langue donnée utilise des sons associés de façon assez largement inconsciente afin de construire des mots puis des phrases, qui expriment ce qu’il veut dire. La façon d’associer des sons dans la structure, inconsciente, d’une langue, est en quelque sorte l’image de la façon dont notre cerveau intègre des données informationnelles afin de fabriquer des images mentales. La structure d’une langue permet, à partir d’un nombre limité de sons, de former un nombre illimité de messages. D’une manière comparable, notre structure mentale permet au nombre très restreint d’informations neuro-sensorielles que nous avons choisi d’enregistrer (par un parti pris structurel), de fabriquer une infinité d’images mentales. Ces structures donnent un sens, l’une aux sons qui deviennent paroles intelligibles, l’autre aux données neuro-sensorielles, qui, une fois organisées et reliées avec d’autres éléments préalablement intégrés, deviennent des représentations mentales dont l’ensemble forme un discours descriptif de l’environnement.

 

7) STRUCTURE, GENES, EVOLUTION :

 

            Reconnaître le rôle de la structure c’est aussi s’intéresser à son aspect utilitaire porté par l’évolution, ainsi qu’au support matériel de cette évolution, c’est à dire les gènes.

            Nos perceptions, sensations, émotions, pensées, comportements, et même nos rêves sont étroitement dépendants de structures physiques, elles-mêmes sous la dépendance de notre génome. Citons quelques exemples. Dans le syndrome de Charcot Willebrand, l’existence de rêves est abolie par une lésion portant sur une zone profonde des lobes occipitaux (le plus souvent par accident vasculaire), alors que les fonctions visuelles peuvent rester normales de même que les différentes phases du sommeil (notamment la phase de mouvements oculaires rapides) (Annals of Neurology 10/9/2004). D’autre part, les énigmatiques sensations de « sortie du corps » peuvent être provoquées de toutes pièces par une stimulation électrique d’une zone cérébrale appelée « pli courbe » (Nature, vol 419-2002). Revenons à une faculté plus « habituelle » : la notion du beau semble être liée au cortex préfrontal, avec une prédominance gauche pour le droitier (expériences de Camillo Cela-Conde et coll. utilisant la magnéto-encéphalographie - Proc Nat Acad Sci-2004). Cela semble marquer une étape charnière dans l’évolution du genre « Homo » quand l’expansion du cortex préfrontal a coïncidé avec la fabrication d’un très grand nombre d’objets décoratifs il y a 40 000 ans environ (à noter que la créativité symbolique est antérieure à cette date et qu’on trouve déjà chez le chimpanzé une activité picturale) (1). Notons que l’empathie (noble faculté de comprendre et de se mettre à la place de son prochain) est liée à l’activation de régions particulières du cortex pariétal et le lobe frontal de l’hémisphère cérébral droit (Decety-INSERM 280-scanner à émissions de positons). Des études par IRM fonctionnelle ont quant à eux montré que les tempéraments de type timide ou au contraire, sociable, paraissent dépendants d’une augmentation de l’activité des amygdales cérébrales, pouvant être remarquée dès l’âge de 2 ans. L’activité accrue des amygdales cérébrales se voit aussi chez l’adulte souffrant de troubles anxieux, d’attaque de panique ou de phobie sociale, tous des facteurs de risque de dépression nerveuse (Science 20/6/2003). Plus récemment, dans Science du 8/4/2005, Huber et Stoop de Lausanne et Veinante de Strasbourg montrent que le fait d’être calme ou anxieux dépend de l’action au sein de la partie centrale des amygdales cérébrales, de deux peptides : la vasopressine (anxiogène), et l’ocytocine (qui diminue l’anxiété). D’autres situations pathologiques se trouvent corrélées directement avec des gènes, en plus des anomalies cérébrales. Ainsi, le gène DISC1 est retrouvé dans la schizophrénie surtout, mais aussi dans les dépressions majeures récurrentes et les troubles bipolaires (anciennement psychose maniaco-dépressive). Par ailleurs, une anomalie du cortex orbito-frontal semble intervenir dans les comportements addictifs (drogués au sens large), les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) et la schizophrénie. La schizophrénie se trouve aussi avec une fréquence accrue chez les porteurs d’une mutation du gène de la proline sur le chromosome 22 se traduisant par un excès de proline (Jacquet et coll-INSERM-Human molecular genetics-n°19-Vol 11-2002). C’est un apport de plus à une liste déjà assez longue d’anomalies génétiques et morphologiques constatées dans cette maladie : anomalie du thalamus (qui joue mal son rôle de filtre, permettant au schizophrène de percevoir des bruits de fond aussi intensément que les bruits et sons ambiants insignifiants), du cortex temporal latéral, du gyrus frontal supérieur, du cortex préfrontal dorso-latéral, anomalie de la migration neuronale pendant la vie fœtale, anomalie du chromosome 6, etc... Les schizophrènes qui « entendent des voix » semblent avoir un déficit d’activation du gyrus temporal médian et de l’aire motrice supplémentaire rostrale : le discours intérieur (quand on se parle à soi-même) est alors perçu comme un discours entendu de l’extérieur (Mc Guire, Lancet 346-1995). La maladie d’Alzheimer trouve aussi un support génétique dans les chromosomes 19 (gène ApoE4, forme familiale), 14 et 21. Sur un autre registre, la trans-sexualité, libérée des considérations morales étriquées, est reconnue comme corrélée à une anomalie neurologique avec diminution de taille du noyau de la strie terminale de l’hypothalamus (Zhou-Amsterdam). Presque aussi choquant du point de vue des « mœurs bourgeoises » est le syndrome de Gilles de la Tourette avec son cortège de jurons, paroles ordurières, répétition des paroles des autres … Il serait lié à une anomalie du noyau caudé (Science, août 1996) (2). Dans d’autres cas, ce sont des molécules médiatrices du système nerveux qui sont désignées comme responsables de sensations voire de comportements humains complexes. Ainsi le plaisir semble « médiatisé » par la dopamine, l’agressivité par une diminution de la sérotonine (étude chez des sujets condamnés pour violence criminelle – Journal of neurologic psychiatry-2003;74), les effets de la vasopressine et de l’ocytocine ayant déjà été évoqués. Même la fidélité conjugale n’échappe pas à ces considérations bassement matérielles ! La vasopressine est en effet corrélée avec la monogamie chez … le campagnol. En fait, c’est un récepteur à la vasopressine, appelé V1aR, se trouvant principalement dans le pallidum ventral et la structure dopaminergique mésolimbique, qui est déficitaire chez le campagnol volage. Il suffit de lui infuser des gènes du V1aR pour que son comportement change (préférence pour la partenaire du moment, sortir la poubelle tous les soirs, passer l’aspirateur, etc…). Les auteurs de cette étude (Lim et Young - Nature, vol 429, juin 2004), tout en admettant que les choses risquent d’être un peu plus complexes chez l’homme (qui serait moins « bête »), semblent malgré tout convaincus que la modification d’un seul gène peut induire une modification profonde d’un comportement … De là à conseiller à tout bon père de famille un verre de vasopressine au petit déjeuner, il n’y a qu’un (petit) pas à (ne pas) franchir !

            Cet écart (inconscient ?) vers la moralité des campagnols nous projette au delà de la barrière des espèces et nous oblige dès lors à considérer ce que nous sommes dans la perspective de l’ensemble de l’Histoire du Vivant.

 

8) PHYLOGENESE OU LA GENESE DE L’ESPECE :

 

             En effet, notre histoire est celle de tous les êtres vivants et bien des aspects de notre comportement et de nos traits morphologiques trouvent leur origine dans la longue Evolution des espèces. Ne possédons-nous pas sous notre néocortex un « cerveau mammalien » (système limbique) et un « cerveau reptilien » ? De la même façon, quand nous parlons d’attitude de fuite et de lutte (Laborit), n’est-ce pas d’un comportement hérité d’un passé lointain d’antagonisme entre les statuts de proie et prédateur qu’il s’agit ? Plus prosaïquement, d’où viennent ces mamelons surnuméraires assez fréquemment rencontrés autour de nous, si ce n’est un vestige de la rangée des mamelons des mammifères quadrupèdes dont certains descendants nous sont familiers : chiens, chats, cochons, vaches ?

            Toutefois, l’erreur est bien de se représenter comme des descendants de ces sympathiques amis, car la diversité du vivant fait que chaque espèce a son arbre généalogique, sa phylogenèse propre, avec parfois des ancêtres communs au détour d’un embranchement. En aucun cas ne dirons-nous être descendants de tel ou tel singe actuel. Juste un ancêtre commun disparu en tant que tel il y a quelque 6 à 8 millions d’années.

            A vrai dire, cet épisode de l’évolution, si important pour nous, n’est qu’une partie microscopique de l’ensemble de l’Histoire du vivant …

            Tout a commencé, un beau jour, il y a peut-être 4 milliards d’années, avec la combinaison astucieuse de carbone, d’azote, d’hydrogène et d’oxygène, formant, dans la « soupe chimique originelle », les premières molécules organiques (3). « Organique » est bien le mot, car, à partir de ce moment, tout ne sera que ORGANISATION. L’organisation de la matière organique, donc, aboutit à une forme d’organisation capable d’organiser sa survie en tant que structure et de reproduire cette structure en organisant la genèse de structures semblables. La capacité des structures à se reproduire elles-mêmes va déterminer lesquelles seront les plus fréquentes. Les autres, minoritaires, glissent sur la pente de la régression parfois jusqu’à l’extinction. C’est déjà la « sélection naturelle ». Au début, les premières structures réplicables semblent baigner dans la soupe originelle jusqu'à l’apparition de la capacité de fabriquer une membrane les séparant du milieu liquidien ambiant devenu désormais « extérieur ». C’est ainsi que la cellule primordiale est née il y a 3,5 milliards d’année, d’abord sans noyau individualisé (les procaryotes, dont les bactéries et plus tard les algues) puis avec un tel noyau (les eucaryotes – 1,5 milliards d’années – probablement formés par fusion des procaryotes). Les êtres vivants sont d’abord unicellulaires (exemple les protozoaires formés d’une seule cellule eucaryote) puis multicellulaires (appelés métazoaires dans le règne animal). Ils ont d’abord des formes simples, de tubes ou de sacs, mous (d’où l’appellation « mollusque » - 5,4 millions d’années – abréviation = MA), avant d’acquérir des parties dures. Les parties dures sont externes (exemple l’exosquelette du corail), puis interne (endosquelette) s’organisant autour d’un axe qui deviendra la colonne vertébrale chez les « vertébrés » (300 à 400 MA). Le vivant est aussi d’abord aquatique avant de devenir terrestre. Dans notre lignée, c’est probablement un poisson doté de poumons et de nageoires « pédonculées et lobées » (ressemblant probablement au coelacanthe qui peut encore être péché de nos jours) qui a donné naissance à des descendants terrestres. Il s’agit d’abord d’amphibiens, puis de reptiles qui donneront les mammifères (250 MA) d’un côté, les oiseaux (195 MA) de l’autre. Dans la diversité des mammifères apparaissent les primates (70 MA) qui vont des lémuriens à l’homme (6 MA).

            En fait, l’ensemble des mammifères ne représente qu’une partie infinitésimale des êtres vivants. Pensez seulement qu’il se trouve dans le colon d’une seule personne davantage de Bacteroïdes et d’Eubacterium que d’humains ayant vécu sur Terre depuis leur apparition.  Notons en passant qu’une seule espèce, l’Homme, menace l’ensemble des autres espèces. L’activité humaine est en effet responsable de la disparition chaque jour de 100 à 300 espèces vivantes de la planète !

 

9) LE MOTEUR DE L’EVOLUTION, LA DICTATURE DU DIEU ADN ET LA NAISSANCE DU DIEU EGO :

 

            Il semble admis que la sélection naturelle soit le moteur essentiel de l’évolution. Les découvertes de la génétique viennent préciser cette théorie. Il semble en effet que ce sont les mutations des gènes qui permettent des modifications des caractéristiques transmissibles à la postérité, modifications qui seront ensuite « sélectionnées » par la Nature. Il parait possible que ces mutations se produisent de façon spontanée et régulière sans que cela produise des changements importants (neutralisme). Seulement, parfois une lignée de mutants se révèle plus apte à survivre à un changement des conditions de vie au point de devenir prédominante ou même supplanter les autres lignées dans la suite de l’évolution. Un autre moteur de l’évolution a été attribué à la volonté innée de reproduire son propre génome en un nombre d’exemplaires le plus élevé possible. Un mâle va tenter de s’accoupler avec le plus de femelles possibles afin d’assurer la plus large diffusion de son génome. Cette théorie a été partiellement contestée notamment par les observations sur le phénomène d’adoption chez les mammifères. Une femelle peut laisser téter un orphelin avec ses propres enfants, réduisant la chance de survie de ces derniers, le lait étant une denrée rare. Des scientifiques israéliens, à l’origine de telles observations (Jabolka et Avital, Tel Aviv) avancent l’hypothèse que la reproduction ne concerne pas que le génome mais l’ensemble de la structure existentielle d’un être, et c’est cela que cet être tente de reproduire. Un parent ne transmet pas que son génome mais aussi les expériences et les comportements qui font la totalité de ce qu’il est. La transmission des acquis serait donc aussi un moteur de l’évolution, du moins à moyen terme, car sur un temps très long l’intervention des gènes semble nécessaire pour qu’un trait de caractère puisse demeurer stable.

            L’ADN, molécule sur laquelle se trouve le message de la génétique, apparaît alors comme le support de la genèse des êtres vivants. On peut même dire que l’ADN joue le rôle d’un dieu créateur du vivant. En fait, ce n’est pas la matière qui compose l’ADN qui joue ce rôle divin, mais l’information qu’il véhicule. Tout comme Dieu, l’information que contient l’ADN est immatérielle. Tout comme Dieu, cette information est à l’origine du « monde des vivants ». Au commencement était … l’information !

            On pourrait aussi dire que cela n’est totalement vrai que jusqu’à la naissance. La génétique est quasi souveraine pour déterminer ce qu’est un fœtus. Au delà de la naissance, des éléments acquis vont venir enrichir l’ensemble existentiel de chaque être vivant, et ce d’autant plus que l’être en question est plus évolué dans l’échelle des espèces. Autrement dit, plus un comportement est ancien phylogenétiquement, plus il est dicté par le génome et moins il peut prétendre à un certain « libre arbitre ». La naissance devient en tout cas une ouverture à une histoire personnelle qui se démarque, relativement, de l’histoire imposée par les gènes. L’existence se construit à partir de cet affranchissement, bien que partiel, par rapport à la « volonté » du « dieu ADN ». C’est l’émergence du Libre Arbitre, qui, vu les circonstances, ne peut prétendre à moins qu’un statut de dieu : le dieu Ego !

 

10) COMMENT L’HOMME DEVIENT HUMAIN :

 

            Nous avons laissé plus haut  le récit de la phylogenèse devant les premières marches du podium de l’Humanité. Il s’agit ici de poursuivre cette « ascension » en évoquant les aspects physiques permettant à l’être humain de devenir ce  qu’il est, dans la perspective de l’Evolution.

            Classiquement, on considère que la bipédie, fait de marcher sur deux pieds, est le virage décisif vers l’humanité. Elle offre la possibilité de libérer les mains multipliant la possibilité d’explorer l’environnement et de le modeler par la fabrication d’outils. Cela augmente considérablement les entrées informationnelles et contribuerait au développement du cerveau, de même que le développement du cerveau augmente la faculté d’évaluer les informations venant du milieu et de développer des outils. Quoi qu’il en soit, la taille du cerveau semble être la caractéristique la plus marquée du genre « Homo ». Le cerveau de l’homme moderne s’est en effet presque triplé par rapport à celui d’un Australopithèque. Les choses peuvent se révéler un peu plus compliquées. Des chercheurs de l’Université de Lausanne, Henrik Kaesmann et Fabien Burki, démontrent que c’est la rétroduplication du gène Glud2 (gène du recyclage particulièrement performant du glutamate, principal neurotransmetteur), par refixation d’un ARNm dérivé du Glud1 sur le chromosome 10, qui a « boosté » les capacités neurologiques des hominoïdes, ceci à côté d’autres gènes connus comme ayant contribué au développement de la taille du cerveau chez les ancêtres de l’Homme : gènes Aspm, Mcph1 … Le gène de la bétacaténine quant à lui semble être impliqué dans l’augmentation de la surface du cerveau. Des souris transgéniques ayant une surexpression de ce gène ont un cortex plissé, c’est à dire un accroissement de sa surface, alors qu’une souris normale a un cortex lisse (Walsh et Chen, Science ; juillet 2002). On s’est aussi intéressé à l’augmentation de la taille de la boite crânienne, indépendamment de son contenu. Stedmann et coll, de Philadelphie, émettent l’hypothèse selon laquelle la boite crânienne s’est développée de façon importante grâce à la diminution des muscles masticatoires par perte de l’isoforme MYH16 codant, dans ces muscles, la chaîne lourde de la myosine, une protéine musculaire. Le résultat en est une diminution des contraintes exercées sur les attaches osseuses qui auraient permis à la boite crânienne de se développer.

            Résultat : le genre Homo est apparu il y a 5 à 7 millions d’années. L’homo sapiens est l’unique représentant encore existant de la famille des hominidés, descendant d’un ancêtre commun au chimpanzé, classé, lui, dans la famille des pongidés. Le groupe comprenant les hominidés et les chimpanzés s’est divergé auparavant d’un autre ancêtre  commun avec les gorilles, il y a plus de 7 millions d’années. Cependant, cette classification traditionnelle reposant sur l’analyse morphologique a été remise en cause par la comparaison du génome humain et de celui des autres primates (Wildman et coll, Wayne State University, Detroit, et Goodman et coll). Il apparaît en effet que l’homme et le chimpanzé partagent 99,4% d’identité génétique pour les mutations non synonymes (modifiant la protéine codée) et 98,4% d’identité pour les mutations synonymes (ne modifiant pas la protéine codée). Selon les critères habituels de classification, non seulement les chimpanzés, mais aussi les bonobos devraient être inclus dans le genre Homo (4) ! Les gorilles et autres pongydés devraient seulement se contenter à être classés parmi les hominidés. Reste à savoir s’ils pouvaient ou non prétendre au salaire minimum voire à l’indemnité chômage et à l’aide sociale … (5) 

            Une question fondamentale est de savoir si homo sapiens sapiens (double sagesse autoproclamée !) descend d’une souche unique ou d’émergences multiples. Autrement dit si nous faisons tous partie d’une même famille ou de familles différentes ayant évolué parallèlement. L’étude de l’ADN se trouvant dans les mitochondries, transmis uniquement par la mère (distinct de l’ADN des chromosomes du noyau ), permet de remonter à une femme africaine qui n’aurait certes pas été la seule femme de son temps (-150 000 ans), mais la seule dont les descendants ont survécu jusqu’à nos jours (Allan Wilson – 1987). Du côté du père, l’analyse d’une portion du chromosome Y ne recombinant pas avec l’X, donc transmis que par le père, permet aussi de remonter à un homme unique en Afrique de l’Est (la séquence originelle se retrouve encore de nos jours chez les Soudanais, Ethiopiens et quelques autres peuples, dont un seul individu sarde !). Adam et Eve semblent bien exister mais à 80 000 ans d’intervalle (Underhill et coll, Nature genetics, vol 26, nov 2000). On peut penser que pour chaque gène il existe une séquence fondatrice qui, à partir d’un homme ou d’une femme, va diverger pour donner le polymorphisme humain actuel. Ce polymorphisme semble quant à lui lié à la pression de l’environnement ainsi qu’à l’effet des grandes migrations. Un exemple est le G6 PGD (Glucose 6 phospho gluco déshydrogénase) dépendant de la latitude et lié à la pigmentation de la peau (André Langaney-dir. labo antrop biol du Musée de l’Homme).

 

11) LA PHYLOGENESE MODELE DE L’ONTOGENESE – LE PROBLEME "MATIERE - ESPRIT" :

 

            Qui qu’il en soit, le fait qu’une simple cellule baignant dans un milieu liquide aboutisse ainsi à l’Etre Humain suggère une similitude assez lumineuse entre la phylogenèse et l’ontogenèse . La cellule primordiale aussi bien que le zygote humain sont l’une comme l’autre si  éloignés du résultat final, l’Homme, que les détails de ces deux  processus de « genèse » peuvent bien s’estomper pour laisser place à une même image d’ensemble. Ce qui compte c’est cette fascinante trajectoire, allant du simple au complexe, de l’unique à la diversité, de l’indifférencié à la spécificité, de l’insensible au sensible, de l’instinct à la conscience, de la causalité à l’intentionnalité, du déterminisme à l’émergence du projet, de la nature à  la culture … Bien entendu, les stades de l’ontogenèse ne sont pas rigoureusement superposables à ceux de la phylogenèse, reproche classique à la thèse d’Ernst Haeckel (6), mais n’est ce pas l’éclair aveuglant de ce double miracle qu’il faut retenir plutôt que les détails sinueux de leur cheminement ?

            Au delà du schéma commun de cette double genèse, se trouve un problème crucial, celui de l’esprit. Comment l’esprit est-il venu dans la nature ? L’esprit préexiste-t-il à la matière qui compose cette nature, ou en est-il la conséquence, par le biais de son organisation ? Et si l’esprit doit investir la nature, à quel stade le fait il, et pourquoi ? Concrètement, qu’en est-il d’une personne souffrant d’un grave trouble psycho-moteur de naissance (comme le syndrome de West), dont le comportement est objectivement moins évolué que celui d’un animal au point que cette personne est qualifiée volontiers de « légume » ? A-t-elle, cette personne, un esprit ? Si elle en a, pourquoi l’animal, voire le «vrai » légume, n’en a pas ? Nous-mêmes ne sommes pas à l’abri d’une régression à un tel stade psycho-comportementale (accident vasculaire, Alzheimer …). A ce moment, l’esprit nous aurait-il déserté ? A l’inverse, quand un comateux se réveille (cas des traumatisés crâniens), verrait-il l’esprit le réintégrer (ne dit-on pas : « retrouver ses esprits ») ? Après tout, c’est quoi l’esprit ? Et si ce n’est qu’une « vue de l’esprit » ? (aie, ça se corse !)

 

            Considérons, pour commencer, un état cognitivo-comportemental correspondant à chaque étape de nos deux « genèses ». L’œuf fécondé aurait un état cognitivo-comportemental d’un être unicellulaire, puis, accompagnant le développement, cet état deviendrait semblable à celui d’un ver aquatique, puis d’un mollusque, d’un poisson, pour devenir à la naissance celui d’un reptile, ensuite d’un quadrupède, et enfin d’un primate, avant de devenir celui d’un humain. Devenu humain, cet état cognitivo-comportemental serait d’abord celui d’un homme primitif vivant dans une société « communiste primitive » qu’est la cellule familiale, avant d’accéder à la conscience du groupe humain dans lequel il se trouve au sein de la « grande société ». Revenons en sens inverse, l’état cognitivo-comportemental de l’humain n’est pas tombé du ciel (quoi que …). Il l’a hérité des êtres qui l’ont précédé dans l’Histoire de l’Evolution. Ainsi, l’état cognitivo-comportemental des premiers « Homos » est en continuité avec celui des hominidés, des singes supérieurs, des mammifères de plus en plus primitifs, des reptiles, des poissons, des mollusques, des vers aquatiques, pour arriver à l’état cognitivo-comportemental d’êtres unicellulaires baignant dans la soupe chimique primitive. Peut-on aller au delà ? Pourquoi pas ? Après tout la cellule primordiale n’est que de la matière organique enveloppée dans une membrane (pensez à l’air de Paris mis en bouteille). Au delà encore ? Rien ne l’empêche. La matière organique n’est que matière tout court quelque peu  « organisée ». Arrêtons-nous ? En aucun cas ! Allons plus en profondeur au sein de la matière, dans l’infiniment petit, au delà de la molécule (la matière n’est qu’assemblage de molécules), puis considérons l’atome (les molécules n’étant qu’assemblages d’atomes), et pourquoi pas les particules élémentaires (les atomes n’étant qu’assemblages de ces particules), de plus en plus élémentaires, au delà des quarks, jusqu’à l’élément primordial absolu sans qui rien n’existe, et plus loin encore … Est-ce qu’on peut encore parler d’état cognitivo-comportemental à ce stade originel où rien n’existe pour alimenter la « cognition » et où le comportement devient sans objet ? Au fait, avons-nous déjà perdu quelque part cette notion d’ « état cognitivo-comportemental »  au cours de notre périlleux voyage dans l’Histoire de la matière ? Mais où donc l’avons-nous perdu ? Et pour quelle raison ? Existe-t-il un concept capable de rendre compte de la continuité d’un état équivalent à l’état cognitivo-comportemental et qui accompagnerait la matière tout au long de son Histoire ? Pourquoi pas l’Esprit ? Au bout de notre quête, au delà de la brique la plus fondamentale, la plus primitive de la matière, n’est ce pas cet Esprit que nous trouvons ?

 

12) CERVEAU ET PENSEE :

 

Revenons à des choses plus concrètes, en faisant partir notre réflexion de la question suivante : le cerveau est-il capable de se percevoir, d’être conscient de lui-même ? Prenons le pari de répondre non. Ce choix peut être justifié en arguant le fait que la perception nécessite un recul, une distance qui permet d’« attraper » l’objet à percevoir comme semble l’indiquer l’origine indo-européenne « kap » du mot. En effet, en tant que neurones et connexions neuronales, le cerveau peut capter des perceptions, réguler des activités, mais se percevoir suppose que dans la complexité de ses inter-actions, de ses relations, il se prend lui-même, dans son ensemble, comme un élément avec lequel il est en relation, en interaction. Tâche probablement impossible. On peut dire que le cerveau fonctionne, mais n’en est pas conscient, ne sachant ni qui il est, ni ce qu’il fait. Le cerveau existe depuis plus de 300 millions d’année. Pourtant, si sa connaissance s’est finalement esquissée depuis peu, notamment avec les neuro-sciences, ce n’est sûrement  pas du fait de ses connexions et régulations internes, mais bien grâce à l’action d’autres cerveaux et de moyens techniques sophistiqués capables de projeter sur lui la lumière de l’investigation. Si le cerveau et par extension le système neuronal, n’est pas capable d’avoir une conscience de lui-même, comment l’être  neuronal que nous sommes peut-il se percevoir ? Qu’est-ce qui permet de mobiliser le système neuro-sensoriel face à des perceptions particulières, comme la parole et sa composante incitative, l’appel, pour forger le soi ? Pour quelles raisons certaines perceptions ne seraient-elles pas traitées comme tant d’autres mais intégrées de façon privilégiée dans le processus de fabrication du sentiment puis de la conscience de soi et, plus loin, de la pensée ? Il serait dès lors nécessaire de concevoir une structure englobant le système neuro-sensoriel capable d’objectiver ce système et d’assurer une intégration ciblée de ses données. Nous avons déjà  abordé certains aspects de notre structure mentale en la comparant avec une langue. De la même façon qu’une langue sélectionne les sons, les relient ensemble et aboutit à des paroles porteuses de sens, cette structure trie et classe les perceptions neuro-sensorielles afin d’aboutir à la formation des images du monde environnant, en leur attribuant une signification, avec en même temps, élaboration de l’image de soi. Quant à la pensée, elle procède de la même structure, avec mise en relation et hiérarchisation des images mentales, formant un discours intérieur qui devient lui-même objet d’évaluation, de « réflexion » (« re-fléchir » =  retourner).

Il n’y a pas de doute qu’une telle structure s’appuie sur des neurones et connexions neuronales largement déterminées par la génétique. Cependant il ne doit pas s’identifier aux systèmes neuronaux afin d’exercer son rôle intégrateur, tout comme une langue s’appuie sur des sons sans être identifiée à eux. De plus la genèse de l’être vivant sur le plan cognitivo-comportemental se fait tout au long de son existence bien qu’avec une intensité variable en fonction de l’âge et de l’espèce. Rappelons que cette « genèse » de l’être après la naissance s’affranchit dans une certaine mesure de la génétique du fait des facteurs acquis qui viennent modifier, masquer et se surajouter à la structure existante. D’un autre côté, avec les expériences sur l’adoption chez les mammifères, nous avons signalé l’hypothèse que la transmission des facteurs acquis, sous forme d’expériences et de choix comportementaux, fait aussi partie de l’instinct de « reproduction ». Là où s’arrête l’influence directe des gènes, c’est donc d’autres éléments structuraux comme la mémoire, individuelle et collective, qui recueille des données destinées à être  inscrites dans notre structure cognitivo-comportementale. On pourrait imaginer cette structure comme composée de couches. Les plus profondes correspondent aux acquisitions les plus anciennes, héritées des différents stades de la phylogenèse et déterminées par les gènes. Les couches plus externes sont destinées aux acquisitions de plus en plus récentes, allant de celles héritées des sociétés humaines primitives, à celles relevant de transmissions familiales, éducatives, socio-culturelles, plutôt sous la dépendance de la mémoire. Notons que si les gènes déterminent le support matériel de la mémoire (l’hippocampe essentiellement), ils ne peuvent pas décider avec précision de son contenu, bien que des partis pris structuraux existent (faisant par exemple que notre mémoire enregistre plus volontiers ceci, pas cela). Après tout, sur le plan structural, que sont les gènes si ce n’est une forme de mémoire ? C’est donc l’ensemble de ces couches de « mémoire », génome, mémoires collective et individuelle qui contribuent à définir l’être vivant dans sa globalité à travers sa stucture intégratrice cognitivo-comportementale.

Nous avons proposé de désigner comme Esprit, l’état cognitivo-comportemental associé à chaque stade de développement et d’organisation de la matière. La stucture intégratrice cognitivo-comportementale associée à l’être humain  que nous venons de décrire peut de la même façon être désignée comme son Esprit. Il est indissociable de l’aspect matériel du corps mais l’englobe, le dépasse, de la même manière qu’une langue est indissociable des sons qui la composent, mais dépasse ces sons qu’elle relie en leur donnant une signification. Sans les sons il n’y a pas de langage parlé, mais sans la langue, les sons redeviennent des bruits parmi tant d’autres. Sans la Matière et l’activité neuronale, l’Esprit n’existe pas, mais sans cet Esprit intégrateur, la Matière neuronale et son activité ne sont qu’agitations électriques et biochimiques. L’être vivant n’existe que par cette globalité. La Matière, support de l’activité cognitivo-comportementale, et l’Esprit, structure intégratrice de cette activité, ne peuvent se dissocier sans que cet être n’est plus.

 

13) L’EXCEPTION HUMAINE – LE DIEU DE WHITEHEAD :

 

Une autre façon de voir est la conception d’un Esprit indépendant de la Matière, utilisant la Matière comme véhicule de son activité. L’Esprit investirait telle ou telle autre forme de vie en l’utilisant selon ses capacités propres, tout comme un individu prendrait pour se déplacer tel ou tel véhicule, de la bicyclette au sous-marin, passant par la voiture de course ou l’avion. Il saurait ainsi plonger, voler, atteindre des vitesses vertigineuses sur l’autoroute, ou se dandiner nonchalamment sur les chemins de campagne, selon les cas, mais toujours avec le même individu aux commandes. Un infirme mental profond n’est autre qu’un véhicule défectueux, avec une batterie déchargée, une courroie cassée, ou des pneus crevés, mais la personne qui est dedans n’est pas différente d’un conducteur normal. Le chien, l’huître, l’amibe, etc … pourrait bénéficier de la même présomption, quoique « l’exception humaine » soit généralement de mise.

Au juste, en quoi consiste cette exception ? Elle découle, entre autres, de la considération suivante. L’Homme vient de la Nature, dont il fait partie intégrante. Cependant, si la Nature obéit toujours aux lois de la causalité (quelle est sa cause ?), l’Homme ne vit et n’agit qu’en fonction des buts qu’il se fixe, autrement dit la loi de la finalité (pourquoi faire ?). Il semble y avoir une incohérence fondamentale. Toutefois, on pourrait atténuer cette incohérence en imaginant un Esprit Créateur à l’affût de chaque « occasion de décision » de la matière, aussi bien de l’électron que de l’Homme. En effet, à chaque instant l’électron est confronté à un ensemble de choix  de « mutation ». L’intégration des « possibles » et l’« impulsion de création » vont faire qu’il aborde l’instant suivant en devenant quelque chose de nouveau, en n’étant plus ce qu’il est (sa position, sa vitesse, son énergie … changent). L’éventail des « possibles » chez lui est relativement étroit et permet de calculer ce qu’il sera par des équations mathématiques (de type Schrödinger). Dans son cas, la causalité prédomine, mais l’« Esprit créateur » qui lui est associé, est bien présent, le poussant à une constante mutation. Dans le cas de l’Homme, l’Esprit de création possède plus de liberté car l’éventail des possibles est plus vaste, faisant que l’action humaine devient impossible à mettre en équation de façon fiable. Ici aussi, c’est le même Esprit Créateur qui pousse à la perpétuelle recherche de nouveauté, qui fait agir l’Homme. Le fait que l’électron obéisse à la causalité physique et que l’Homme arrive à s’en affranchir relativement, se donnant une impression de liberté, n’est qu’une question de l’éventail des possibles. Plus l’organisation de la matière est complexe, plus l’éventail des possibles est vaste, et les mutations moins prévisibles. Mais à chaque mutation, c’est le même Esprit Créateur qui pousse à la nouveauté, une nouveauté attendue, sous tendue par une finalité, un projet, une « création », une « genèse ». Il est appelé par le mathématicien Whitehead : Dieu !

 

14) PROBLEME ETHIQUE – L’INEVITABLE QUESTION DE LA FINALITE :

 

            Nous voilà embarqué, presque sans nous en rendre compte, dans la question du sens, de la finalité. Elle semble programmée dans notre structure. Nous regardons le monde qui nous entoure à travers le sens que peuvent avoir les choses, ce à quoi elles peuvent servir. Dire que « rien n’a de sens » est pour nous un non-sens, tout comme affirmer que « tous les hommes sont menteurs » (simplement parce que c’est un homme qui le dit !).  Même la science, ancrée sur le principe de la causalité, n’arrive pas toujours à dédaigner la finalité, le sens. En effet, si le discours scientifique semble ne pas se préoccuper de finalité quand elle décrit le monde, dès que l’homme se trouve au centre de son propos, il lui devient difficile de ne pas parler de cette finalité. On arrive même à raisonner comme si l’univers tout entier devait aboutir à cet être bien précieux qu’est nous-mêmes (principe anthropique) ! Il est effectivement difficile d’ignorer la finalité quand justement  cette finalité n’est autre que celui qui veut l’ignorer ...

            Dans le domaine de la phylogenèse et de l’ontogenèse, une interprétation mettant en jeu le principe de finalité est très souvent mise en place.  Prenons un exemple : on a découvert deux gènes (appelés MEST et Peg3) à l’origine de l’instinct maternel chez la souris (Science 9 avril 1999) et qui ont la particularité d’être  transmis par le père. Aussitôt, on interprète ce fait comme une finalité : le père a intérêt que la mère s’occupe de la progéniture qu’il lui a fait accoucher (son ADN), alors que cette même mère a intérêt à aller se faire engrosser au plus vite afin de propager une nouvelle fois son ADN à elle. Le sens de la transmission paternelle du gène du comportement maternel est interprété comme une rivalité entre l’ADN du père et de la mère (le « gène égoïste »). Autre exemple : le fait que les connexions neurologiques du foetus soient si peu élaborées est aussitôt interprétée comme une « intention » bienveillante de réserver au petit humain toutes les possibilités d’adaptation ultérieure à un milieu qu’il ne connaîtra qu’une fois commencée sa vie extra-utérine …

            Ainsi, il est pratiquement impossible d’envisager une « genèse » dépourvue de sens, de lui ôter toute finalité, d’imaginer qu’après tout « c’est pour rien ». La question de l’éthique devient dès lors inévitable, car elle n’est que le prolongement de celle du sens, de la finalité. Le zygote n’est pas là « pour rien », ni le blastocyste, ni la morula … Donc, ils ont une valeur, et la préoccupation éthique consiste à les protéger.

 

15) MANIPULATION GENETIQUE ET CHAOS :

 

            D’une façon analogue, croire que le Monde tel qu’il est porte en lui un sens, une finalité, implique une éthique qui consiste à sauvegarder ce sens, cette finalité, et d’éviter d’imposer des intérêts du moment à la Création. Or la Création, nous l’avons dit, passe par l’ADN. Le fait d’intervenir sur l’ADN, voire, un jour, de le synthétiser, équivaut par conséquent à faire oeuvre de Création. On peut alors modifier des êtres existants ou en créer des nouveaux : bactéries, végétaux, animaux, et, pourquoi pas humains, au service d’ambitions et d’espérances diverses. Des enjeux économiques seront de plus en plus marqués, avec des contre-parties inévitables sur l’environnement tant naturel, psychologique, que social. Seulement, le Monde est comme il est grâce à une Création patiente, à l’affût de chaque occasion de mutation pendant des milliards d’années, intégrant des infinités de possibles et de leurs inter-actions. Un acte de création soumis à une volonté particulière, momentanée, circonstancielle, expose au risque de rompre l’harmonie générale, d’ajouter des bruits là où il y avait paroles (reprenant le modèle linguistique), de pervertir le « sens » des choses, de morceler un Monde jusque là plus ou moins cohérent, d’en faire un Chaos, ce Chaos qui régnait, justement, au début de la Création, car nous voilà bien devant le départ d’une nouvelle Création …

 

16) CELLULES SOUCHES, CLONAGES : ESPOIR ET DERIVES :

 

            Chaos, peut-être, mais aussi porteur de tant de possibilités, de tant d’espérances ... Les cellules souches et le clonage sont des exemples de cette ambiguïté. Les risques sont probables, mais les espoirs sont également immenses.

Les cellules souches humaines, qu’elles proviennent de la fécondation in vitro, ou du clonage de cellules somatiques, sont de plusieurs sortes : les « totipotentes » peuvent engendrer tous les tissus de l’organisme, voire créer un être humain entier, les « pluripotentes » sont issues de la partie interne du blastocyste et peuvent générer n’importe quel organe, les « multipotentes » donnent plusieurs types de cellules différenciées (comme les cellules souches du sang), alors que les « unipotentes » ne donnent qu’un seul type de ces cellules (peau, muscle …). Leur exploitation a déjà commencé, notamment dans le traitement de la maladie de Parkinson, avec un développement prévu dans de nombreuses autres pathologies (cardiopathies, maladie d’Alzheimer, traumatisme de la moelle épinière, diabète insulino-dépendant, myopathie de Duchenne ...), sans parler de leur utilisation potentielle à court terme dans des domaines telles que : création de tissus et d’embryons afin de tester des nouveaux médicaments, étude de la genèse des cancers, production de substances hormonales comme l’insuline, etc …  On entrevoit le mythe de l’immortalité, car, en se clonant pour avoir des « rechanges » et en se fabriquant tout ce qui fonctionne mal avec des cellules souches adaptées, on arrive potentiellement à prolonger la vie indéfiniment. Les législations tâtonnent encore sur les différentes utilisations des cellules souches et du clonage. En 2005, la France autorise l’importation de cellules souches embryonnaires, la Belgique et le Royaume Uni permettent la création d’embryons humains clonés …  A terme, leur utilisation répandue dans des domaines de plus en plus diverses vont être difficiles à endiguer. C’est, entre autres, un des effets de la mondialisation. Les lois sont nationales, alors que l’économie est mondiale. Or c’est bien des intérêts économiques qu’il s’agit dans la plupart des cas. Le législateur français ou canadien n’a aucun pouvoir pour encadrer les « bio-technologies » de pays situés à l’autre bout de la planète. De plus, la préoccupation première du législateur n’est pas l’éthique, mais l’intérêt de la société dont il fait partie (ou de sa composante dominante). Le légal n’est pas obligé d’être moral.

 

17) FECONDATION IN VITRO ET SELECTION D’EMBRYONS – LE MYTHE DE L’ETRE PARFAIT :

 

            Le 28 avril 2005, la justice britannique a autorisé la sélection d’embryons afin de mettre au monde des enfants capables de produire des tissus pouvant être greffés sur un frère ou une sœur malade. C’est le concept du « bébé médicament ». La voie de la sélection des embryons est ouverte. Les parents pourront choisir des enfants selon leur attente. Pour l’instant cette attente consiste « seulement » à obtenir un  «bébé médicament », mais plus tard la sélection pourrait avoir pour but d’autres attentes, notamment celle d’éliminer toute maladie, toute faiblesse, toute imperfection… Le mythe de l’Etre Parfait est à portée de main. Ironiquement, cet être va commencer par être une marchandise, non seulement pour ses parents qui vont le choisir comme on choisit un téléviseur (que l’on espère parfait, là aussi), mais également par d’autres personnes en quête d’enfant à adopter, voire, un jour, d’institutions en quête d’individus répondant à des critères spécifiques destinés à des tâches particulières (on pense à l’armée, mais l’industrie pourrait aussi être demandeuse de ces ouvriers « parfaits » pour un type de production donné). En attendant, le diagnostic prénatal pouvant aboutir à l’avortement thérapeutique, quasiment autorisé partout, permet de se familiariser avec cette problématique.

           

18) HUMAIN PAR DECRET :

 

            Ainsi, avec la pression quasi irrésistible du développement des biotechnologies, l’éthique en tant qu’obligation de considérer une finalité, un sens, risque de faire mauvais ménage avec la Loi (la nécessité de faire des « lois de bio-éthique » semble symptomatique de cette distance). Décider de sauvegarder tel type de cellule, de permettre tel clonage, telle manipulation génétique, de tuer tel embryon, c’est  opérer une sélection dans la globalité non dissociable du sens, dans la chaîne continue du processus de finalité. C’est un non-sens. Comment dissocier un type de cellule, un stade embryonnaire, de l’ensemble de l’ontogenèse ? Si l’on admet que quelque chose dans cette ontogenèse ait un sens, une valeur, alors tout doit avoir un sens, une valeur, et rien ne peut être exclu du champ de l’éthique. Seulement, ce n’est pas si simple, et les arguments contre cette conception radicale de la morale ne manquent pas. En général leurs partisans dissocient les stades de l’ontogenèse en affectant à chacun une valeur différente, pour décréter le statut « d’être humain » qu’à partir d’un stade donné. Curieusement, des courants majeurs de la pensée chrétienne offre un support précieux à cette conception dissociative de l’ontogenèse. St Thomas d’Aquin, sur les pas d’Aristote, distinguait au cours de l’ontogenèse la formation de l’âme végétative, puis de l’âme animale pour aboutir vers le quarantième jour, à l’âme humaine. C’est le concept de l’ « animation progressive ». L’Eglise a par contre condamné Origène pour sa théorie de la préexistence de l’âme, selon laquelle l’âme existe avant la conception, pour venir s’incarner dans l’œuf fécondé. Pourtant cette théorie offre le statut d’être humain au zygote dès sa formation. Nous avons pour notre part évoqué plus haut l’hypothèse d’un Esprit associé à chaque stade du développement et de l’organisation de la matière, comme élément intégrateur indispensable et comme impulsion à la Création, à l’apparition du Nouveau.

 

19) NOS AMIS LES BETES :

 

            Mais alors, qu’en est-il des stades non humains de l’organisation de la matière ? Le macaque d'Arunachal, la grue du Japon, la vache Holstein, le chihuahua, le marsupilami, le colibacille, le pénicillium … existent-ils « pour rien » ? Si leur vie a un sens, ne devons nous pas les respecter, les protéger, par souci d’éthique ? En réalité, dans une certaine limite, notre « structure » est déjà faite pour cela. Quand nous voyons un animal souffrir, il se passe dans notre cerveau une activation des aires proches de celles qui seraient activées si c’était nous-mêmes qui souffrons (Hutchinson, Davis, Lozano, Tasker, Dostrovski, 1999). D’autre part, depuis la nuit des temps, dans toutes les cultures, les hommes se racontent des histoires d’animaux qui ont un comportement typiquement humain, sans parler du fait que leurs dieux sont le plus souvent des êtres ayant une apparence animale soit partielle, soit totale, ou pouvant facilement se transformer en animaux. Notre structure mentale, pour peu que nous la laissions s’exprimer, notamment à travers les mythes, nous donne une image de parfaite continuité entre le règne animal et nous-mêmes, peut-être même au delà (histoires d’arbres qui parlent, de chêne divin, d’humains devenant des pierres ou des végétaux, le rocher engendrant l’homme-singe Te Thien, etc …). De nos jours, sous le règne de la rationalité, si nous avons besoin de sociétés de protection des animaux et des législations spécifiques allant dans ce sens c’est probablement pour remédier au fait que nous avons trop bien enfoui les racines que, dans notre structure, le monde animal nous a léguées. Nous éprouvons le besoin de créer des structures « externes », sociales, afin de remédier à des défaillances de notre structure « interne ». De la même façon, les animaux de compagnie que nous traitons presque comme des humains nous rappellent la continuité du vivant et deviennent des remèdes contre notre solitude (seulement par isolement social ou aussi par déconnexion avec la Nature ?). Quant au respect de  l’écosystème, celui de la planète, mais aussi celui de notre propre corps (pensez entre autres à l’abus d’antibiotiques), il est progressivement devenu une évidence face à nos actions de plus en plus dévastatrices. A part, la question du végétarisme. Il serait intéressant de noter que dans les premiers versets de la Genèse (1:29), l’Homme n’avait le droit de manger uniquement des végétaux. L’autorisation de tuer des animaux pour en manger n’apparaît que dans Genèse 9 (2-4), après le Déluge. Même sans parler du respect de la vie animale, il n’est pas difficile de démontrer que la consommation de viande est coûteuse pour la Nature (pour produire 1 Cal de viande il faut 7 Cal de végétaux), plus polluante, et que son excès est mauvais pour la santé … Une position morale intéressante, car pragmatique, est celle des préceptes du Bouddhisme sur le respect de la vie. Il y est recommandé, pour se nourrir, de recourir aux formes de vie les moins évoluées possibles. Une telle position morale tient compte de « l’instinct évolutionnel » inscrit dans notre structure en respectant, non pas l’être vivant en soi (ce serait utopique), mais la valeur représentée par l’organisation de la matière, cette même organisation, justement, qui permet à l’Esprit de se manifester de plus en plus pleinement …

 

20) EN CONCLUSION :

 

            Du point de vue humain, l’ontogenèse comme la phylogenèse retracent toutes les deux une histoire commune, qui, partant  d’une cellule vivante, aboutit à l’Homme. Que le moteur de ces deux processus s’appelle évolution (sous tendue alors par la sélection naturelle), ou développement, l’hypothèse d’une impulsion créatrice, poussant chaque parcelle de matière à une mutation constante vers un nouvel état, peut être envisagée. Cette impulsion fait que, le quark ou l’électron, aussi bien que l’être humain, sont, et en même temps ne sont pas, existent, et en même temps n’existent pas, car ils changent. Dès lors qu’ils existent, leur existence même implique une mutation qui fait qu’ils n’existent plus, pour devenir une autre existence. D’autre part, la mutation constante de chaque parcelle de matière, ne peut pas en elle-même composer la musique du Monde, le discours de la Création, la Poésie de l’Existence, sans un principe intégrateur, reliant et donnant à chacun de ces éléments, un sens, une signification, comme le fait une langue avec les sons qui la compose. En prenant ainsi l’exemple de la langue, on prend le pari de considérer ce principe intégrateur comme organiquement associé à la matière. On peut aussi faire un pari différent, celui d’un Esprit indépendant de la matière et qui l’investit à chacun de ses stades, dès la particule la plus élémentaire, afin de lui imprimer son impulsion créatrice et le sens de son existence. Le respect de ce sens, c’est l’instinct moral qui habite notre structure. Elle est en contradiction constante avec les possibilités qu’offre le développement vertigineux du savoir-faire humain. En effet, plus l’organisation de la matière est  élaborée, plus l’Esprit Créateur qui lui est associé est puissant. L’Histoire mène à Dieu, pensait déjà Hegel. Ou à son double … L’Homme étant le stade d’organisation le plus évolué que nous connaissons de la matière, la conséquence en est qu’une possibilité de Création, quasi analogue à la Création originelle, émergera potentiellement de l’esprit humain. On entrevoit déjà une telle possibilité créatrice à travers les bio-technologies, allant du clonage à la manipulation de l’ADN, voire dans quelque temps, à la synthèse de cet ADN, et à la création des êtres vivants. Cette nouvelle Création, par ses intérêts particuliers et momentanés, risque d’entrer en concurrence avec la Création originelle, et introduire un nouveau Chaos, localisé, ou généralisé, bouclant le cycle Création – Chaos – autre Création … Il est tentant de penser que le moyen d’éviter cet affrontement serait une réconciliation de l’Homme avec ce qui a forgé son être depuis l’origine du Monde, de mettre en relation la partie  humaine de son cerveau, à savoir son néo-cortex et ses capacités créatives, avec ses couches cérébrales sous jacentes, ses « cerveaux » mammalien, reptilien, et d’autres systèmes qu’il a hérités de la nature, tout au long de son Histoire jusqu’à la source de la Création. Harmoniser son être dans sa totalité, plonger dans l’inconscient, y chercher son « vrai visage », retrouver l’Esprit Originel qui est en nous, « deviens ce que tu es », etc … autant de slogans à la mode, tartes à la crème de notre société, ne nous rappellent-ils pas, malgré tout, une nécessité confusément ressentie ? Le regain annoncé de spiritualité ne traduit-il pas une réaction au sentiment qu’un courant inquiétant nous entraîne vers un Autre Esprit ? En effet, l’Esprit qui émergera de la matière la plus organisée, nous-mêmes, risque d’être ce principe désintégrateur,  qui dissocie, qui oppose, qui divise, bref, le Diable (du grec « dia balein » : lancer à travers). Division, opposition, conflit, « guerre de tous contre tous »… Nos peurs ne se sont pas déjà cristallisées sur ces notions ? La perte de sens, corollaire de la dissociation avec le Principe intégrateur et donneur de sens, n’obscurcit pas déjà l’horizon de notre avenir ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De l’avenir. Cette préoccupation lancinante qui, probablement, nous sépare le plus du reste du vivant, de l’ensemble de la Nature (7). Après tout, la phylogenèse aboutit à l’Homme, dont l’ontogenèse aboutit à la capacité de se questionner sur l’avenir. L’avenir « banal », bien entendu, mais surtout le vrai, le seul qui compte, l’inéluctable : la Mort. Le terme de la genèse de l’être (ontogenèse), c’est la capacité d’envisager le non-être, et l’Histoire du Vivant, phylogenèse comme ontogenèse, en somme, n’est autre que l’ouverture vers la Mort. Ou vers ce qui se passe après …

 

 

 

 

                                                                                                            NGUYEN Hoai Van

                                                                                                            4 Mai 2005

 

 

(1)    Au sein de l’évolution, la notion du « beau » semble être prépondérante chez les femelles et participe à des « retouches évolutionnistes » notamment dans le choix de partenaires sexuels (travaux de l’Université de Stockholm – Nature 4/2/1998)

(2)    Signalons à ce propos que la simple hypoglycémie peut induire des comportements violents ou pervers. Un musulman d’une piété exemplaire se met ainsi à pincer les fesses des infirmières : il a un insulinome à l’origine d’une hypoglycémie (Lancet, 31/8/1996).

(3)    Sous l’effet de rayonnements, éclairs etc … dans le milieu chimique originel, les premières molécules organiques se seraient formées. Il s’agit d’une expérience reproductible en laboratoire. Cette théorie côtoie celle préconisant que la matière organique soit apportée de l’espace par des météorites.

(4)    A titre de comparaison, la levure (16 chromosomes, 6000 gènes) présente pour plus de la moitié de son génome une similitude ou une homologie avec des gènes humains. D’autre part, des études prometteuses sur le processus de mort cellulaire chez un ver minuscule, le Coenorhabditis Elegans (couronnées récemment par un prix Nobel), pourraient aboutir à des applications chez l’homme en raison de nombreuses similitudes génétiquement déterminées.

(5)    Le bonobo, proche cousin du chimpanzé, présente des caractéristiques qui font la gloire de notre espèce : il se déplace volontiers sur deux pieds, ont une activité sexuelle intense sans aucun but de reproduction, s’accouple de face, etc…

(6)    Ernst Haeckel (1834-1919), médecin de formation, est connu pour avoir émis l’idée selon laquelle l’ontogenèse est la récapitulation de la phylogenèse. Il est également l’inventeur du concept d’écologie. Son œuvre s’est malheureusement ternie de considérations racistes exploitées par les idéologues nazis.

(7)    Certaines pratiques cherchent à « éteindre » l’intellect quand on n'en a pas besoin, privilégiant ainsi la connaissance immédiate, le vécu du présent, ici et maintenant … L’éclair du présent, c’est l’éternité !

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